AVERTISSEMENT AU LECTEUR :
Le récit qui va suivre, déconseillé aux moins de 18 ans, par la cruauté des situations et les sinistres individus décrits, va vous gâcher, pour le moins, la journée si ce n’est la nuit par d’affreux cauchemars. L’auteur, pour l’avoir expérimenté sur sa belle-mère, décline toute responsabilité quant aux effets produits sur la santé de ceux à qui vous pourriez le faire lire.
MAIN BASSE SUR L’AMICALE DU BASSET LIMOUSIN A POIL BLOND ET SOYEUX
OU
LES MALHEURS DU BASSET LIMOUSIN
En Limousin, au milieu du 18ème siècle, un passionné de la chasse au lièvre avait créé, à cet effet, une race de basset courant ( 30 centimètres au garrot ). Comme vous aujourd’hui, beaucoup, à l’époque, ricanaient : « certes le gibier est abondant et, point n’est besoin de courir pour remplir sa besace, mais faire attraper le lièvre à la course par ces chiens… ! ».
La particularité de ces chiens était leur très très grande intelligence. Les mauvaises langues disaient même que pour en arriver là le créateur avait certainement payé de sa personne. Ce chien, en effet, avait la capacité d’anticiper les ruses du lièvre. Celui-ci partait-il faire une grande boucle pensant avoir semé la meute que celle-ci, à son retour, embusquée, lui tombait sur le râble. Les exploits de ces chiens, rarement mis en défaut, étaient aussi innombrables que les ruses du capucin.
Cette forme de chasse conquit les cynophiles. La réputation des bassets limousin franchit les frontières régionales.
Vers la fin du siècle, les passionnés créèrent une amicale dotée de statuts, d’un règlement, d’un Conseil de sages élus par les membres de celle-ci et organisèrent des concours. Le Conseiller Principal désigné par les sages était chargé d’animer le Conseil et l’amicale.
Au fil des années, gagner des concours devint un bon argument de vente. L’avidité poussa certains à tricher en croisant ces bassets avec des chiens rapides. Mais le Conseiller Principal veillait et cela resta marginal jusqu'à ce qu’il soit circonvenu par un intriguant qu’il fit coopter par le Conseil des sages, désigna comme son successeur et à qui il céda la place.
Ce fut le début des malheurs du basset limousin.
Au lieu de punir les tricheurs, dont certains membres du Conseil, le Conseiller Principal s’acoquina avec eux. Des membres du Conseil s’insurgèrent. Le Conseiller Principal manoeuvra pour les exclure du Conseil avec la complicité des autres membres qui, soit, y trouvaient leur intérêt, soit, fiers d’être là où il n’avaient peut-être pas leur place, ne bougèrent pas une oreille. Main basse venait d’être réalisée sur l’ABLPBS.
La tricherie battit alors son plein. On était au milieu du 19ème siècle.
Le scandale couvait !
C’est à cette époque qu’un célèbre chroniqueur cynégétique parisien s’intéressa à cette race et voulu faire un article. Il visita un élevage célèbre et découvrit stupéfait des chiots dans des cages hautes de 30 centimètres. Son enquête lui apprit alors, que le propriétaire était un habitué des métissages et qu’en l’occurrence il s’agissait de produits issus du croisement de bassets et de lévriers dont il espérait ainsi empêcher les pattes de grandir. Il su également que ces croisement avaient fait perdre à ces animaux leur principale qualité, une intelligence hors normes et surtout qu’une grande quantité de ceux-ci naissaient avec des pattes de lévriers d’un côté et de bassets de l’autre. Il fut décidé une euthanasie générale de ces « bancales ».
Les chasseurs se détournèrent des bassets limousins dont on découvrit que peu avaient échappé au métissage.
Le basset limousin avait disparu.
Le scandale fut énorme !
Beaucoup s’interrogèrent : « Comment une chose pareille pouvait-elle arriver ? Comment un Conseiller Principal censé assuré la pérennité d’une race pouvait-il la laisser disparaître, malgré les mises en garde et la rébellion de beaucoup de ses conseillers ? »
Certains le pensaient vaniteux. Mais le vaniteux qui n’est fier que de choses insignifiantes, perd toute intelligence dès qu’il est flatté et devient facilement manipulable. Il n’en perd pas pour autant son sens moral. Celui-ci n’avait aucune morale.
D’autres le disaient orgueilleux. Mais l’orgueilleux qui est fier à l’excès de ce qu’il fait, a de l’honneur et sait démissionner. Celui-ci n’avait pas d’honneur.
Dans notre société, une autre faiblesse, cultivée dès l’enfance et tout au cours de la vie par les récompenses, les distinctions, etc…..est beaucoup plus répandue, le besoin de reconnaissance.
Chez certains, ce besoin est immense, pathologique même. Il mobilise et exacerbe l’intelligence pour atteindre ce but, annihile toute morale et tout scrupule. Malheureusement chez ce narcissique là, c’est une quête sans fin, car la reconnaissance que les autres ne lui accordent pas, il se la fabrique en refusant les idées différentes des siennes et en éliminant leurs porteurs ainsi que tous ceux qui peuvent lui faire de l’ombre.
La politique, les clubs, les associations sont des proies visées par ces individus pour assouvir leur besoin de reconnaissance. Cela explique pourquoi la politique est un tel panier de crabes. Mais malheur aux clubs et aux associations visées par ces prédateurs.
Celui-ci en était un. Le basset limousin en fut la victime.
Seuls quelques individus boiteux échappèrent au massacre et se réfugièrent, craintifs, dans les montagnes limousines et ne sortirent plus qu’à la nuit tombante.
C’est ainsi qu’à ceux qui rentraient tard et racontaient avoir, sur le chemin, vu une belle blonde aux cheveux soyeux les copains rigolards disaient : « T’as bu ! ». Aux mêmes les épouses soupçonneuses, après une gifle magistrale, criaient : « T’as vu ! ».
Le journaliste parisien à l’accent impossible compris : « dahu ».
Un animal mythique était né !
Malheureusement pour le « dahu », la jalousie des femmes et la crainte inspirée à d’autres, fit que d’animal domestique il devint nuisible. On le pourchassa. Il paraît que de temps en temps certains en rencontrent, mais ils restent très discrets sur le sujet.
Bien sûr, chacun aura compris que cette histoire et les abominables personnages qui y sont décrits relèvent de la pure imagination ou plutôt qu’elle est l’œuvre d’un esprit complètement malade. Qui pourrait imaginer que cela puisse arriver dans la réalité ? Quiconque prétendrait qu’elle est réelle devrait, pour preuve, exhiber un « dahu ».
Toutefois, à ceux qui auront eu le courage de la lire jusqu’au bout et à qui elle aura plu quand même, et s’ils le souhaitent, je raconterais comment se pratique la très dangereuse chasse au « dahu ».
J. Ph. SALLON