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SOUVENIRS D’UNE VIE DE CHIEN
« Au commencement Dieu créa l’homme, puis le voyant si faible, il lui donna le chien » (Toussenel)

CHAPITRE1

Le 4 Juillet 1978, je suis venu sur la terre des hommes,
Le matin de bonne heure, évènement extraordinaire,
Un monsieur, médecin de notre monde,
Que les humains nomment vétérinaire
Est venu le lendemain pour renvoyer au paradis des chiens,
Quatre de mes frères et deux de mes sœurs
C’est un devoir des humains pour qu’il n’y ait pas de douleur,
Et c’est tout naturel parce que Wamp notre jeune maman
N’aurait pas pu nous nourrir tous les dix convenablement.
Pour respecter une « coquetterie » de notre race Korthals
Le vétérinaire a coupé notre queue d’un geste cérémonial.
Wamp inquiète mais émerveillée de notre jeune patience
A donné une double ration de lait pour oublier notre première souffrance.

Les premiers jours de mon enfance se sont déroulés dans la douce chaleur
De la robe de Wamp créant une chaude ambiance qui nous protégeait de la peur.
Ma seule préoccupation était d’avoir la bonne place pour les repas
Wamp un peu lasse, de notre position elle n’en faisait pas cas.
Autour de moi passait une caresse différente de celle de notre mère
Un geste d’amour, cadeau d’une main douce et légère.
Des voix douces et encourageantes viennent à mes sens déjà attentifs
Guider mes petits pas incertains parce que craintifs.
Un jour, le voile protecteur de mes yeux formé par les paupières
Se déchire et c’est la découverte de la terre entière.
Une nouvelle vision du monde des formes et couleurs
Vient s’ajouter à mon premier et unique monde des odeurs.
Le regard de maman Wamp est de tant d’amour et orgueil chargé
Il est sans cesse posé sur le petit Korthals pour le rassurer et le guider.

Ces petits morceaux de fourrure marron- blanc s’agitent réclamant
Leur part d’amour de Wamp, notre maman.
Ce sont mes petites sœurs Ortie et Octavie
Obock, mon petit frère, et moi Ouff, tous heureux d’être en vie.

Un petit chiffon,
Est une source inépuisable pour nos jeux fripons.
Wamp s’absente un moment pour manger sa soupe.
Nous sommes les quatre seuls en déroute.
Tout à coup mes oreilles inquiètes entendent un cri
C’est cette chipie d’Ortie qui est tombée du nid !
Dans la pièce immense elle se trouve seule et a froid
Je sors du nid, mon cœur de chiot rempli d’émoi
De nous quatre c’est moi le plus petit mais le plus courageux.
Je vais chercher Ortie endormie épuisée par la conquête des lieux.
Je me couche prés d’elle pour qu’elle n’ait plus froid
« Il manque deux petits de Wamp »crie une voix.
« Wamp !! Wamp !! cherche »
Et devant moi tout à coup, apparaît une grosse tête.
Ma petite queue implore le pardon
Nous sommes si fragiles encore, mais de vrais petits démons !
Wamp, indulgente nous remet dans le nid avec délicatesse
Nous sommes si fiers d’avoir oublié pour un moment la sagesse.
Bientôt nous trouvons notre nid un peu étroit
Nous sortons mais vite nous avons bien froid
Maman Wamp nous remet avec une patience infinie
Les uns après les autres dans notre douillet nid.
Un jour de grand soleil Wamp nous amène dans le jardin.
Nous sommes intimidés devant le paysage qui s’offre à nos yeux mutins.
Nous restons les quatre serrés les uns contre les autres
Moi le plus courageux je pars à la conquête du jardin qui sera nôtre.
Je me dirige vers un énorme congénère
Suivi de mes sœurs et frère.
Obock mon petit frère avec insolence commence à mordiller
Une grosse patte abandonnée.
Ortie et Octavie essaient de grimper
Sur le dos fourré.
Je veux faire connaissance avec le gros chien
Je renifle sous sa queue pour connaître l’identité de ce grand canin.
Alors une douce tête en broussaille
Se tourne lentement vers nous, deux yeux cachés sous les poils en bataille
Clairs comme le cristal et d’une grande douceur
Nous regardent longuement, une truffe humide nous donne la chaleur.

CHAPITRE 2

« Je suis votre grand frère Pop
Venez dans ce jardin merveilleux
Je vais vous apprendre plein de jeux »
Docilement, sur nos pattes innocentes, mais fortes comme le roc
Nous écoutons la grande leçon de sagesse du grand Pop.
Ortie, Octavie,Obok et moi Ouff, le plus chétif
Nous écoutons les leçons de la vie de chien d’un nez attentif. Aujourd’hui nous les quatre fils de Wamp, partons à la conquête
D’un grand véhicule qui sert à transporter les jours de fête
La belle et fière jument Hévéa.
La paille blonde foulée par nos petits pas
Chante pour célébrer notre courage d’explorateurs,
Wamp regarde avec tant de grandeur
Sa petite progéniture qui la régale de jappements triomphateurs.
Moi, je suis toujours le plus agile
Je regarde Obok qui se pavane avec une chaussure rouge,
Les mouvements hésitants de ses pattes fragiles
L’amènent vers Pop si sérieux qu’aucun poil ne bouge.
Le paisible Pop regarde avec sérénité
Le présent de son petit frère cadet.
Alors il renifle de sa truffe sûre
La rouge petite chaussure.
Toujours soucieux d’apprendre la leçon de la vie
Moi Ouff, je vais voir de mes petites pattes hardies
La chaussure rouge que j’avais tant admirée
Je la transporte de toutes mes forces rassemblées
Dans la paille éparpillée.
Et là, mes yeux bleus vigilants bougent
Narguent mes petits frères et sœurs convoitant la chaussure rouge.
« A la soupe !! à la soupe » une voix douce appelle
Nos petits estomacs vides nous précipitent vers l’écuelle.
Wamp, notre mère, toujours attentive
Se lève et va au devant de nos têtes si vives.

Grâce à sa langue infaillible de chienne gastronome
Et avec sa permission accordée
Nous dévorons la délicieuse pâtée,
Nos petites queues s’agitant comme un métronome.

Ainsi les premiers jours de notre enfance
Passèrent dans la paix et la confiance.

Un jour un humain inconnu de nous et de notre mère
Vint chercher Obok notre petit frère.
D’aller vers notre destin nous étions tous en âge,
Obok partit enveloppé dans une couverture
Pour qu’il soit courageux nous lui abandonnons la rouge petite chaussure.
Ortie et Octavie partirent quelques jours plus tard
Moi, Ouff je reste, ma croissance est en retard.
Pour toujours de l’amour de ma mère voulant être certain
Je vais me réfugier dans ses pattes, car je suis le plus câlin.
Dans la douce et sereine tiédeur d’un soir
Wamp, Pop, et Kim son père, vont s’asseoir
En cercle autour de la table de nos maîtres,
Moi Ouff parmi les grands je suis fier d’être.
Un petit morceau de viande c’est pour eux une gourmandise
Désirant imiter mes aînés j’attends ma part de friandise.
Avec mes petites pattes et ma tête de chiot ronde
Je supplie celle qui sera ma deuxième maman
Dont la chevelure blonde
Me rend tellement content.
« A la niche !! à la niche !!» Kim, Pop, Wamp se dirigent vers leur maison,
Mais pour moi la niche est une prison
Avec de grands frissons à cause du noir de la nuit
Je vais me réfugier prés du grand Pop déjà endormi.
Entouré de toute la famille, je suis si heureux
Et de nous tous les canins, je suis le plus affectueux.
Pop mon grand frère m’apporte un chiffon avec sa tête fière.
Alors de mes pattes qui ont tant grandi
Je saute pour que la terre entière
Sache que je suis content de jouer dans ce paradis.
Les craquements du chiffon qui peu à peu se déchire
S’accompagnent d’aboiements qui sont une manière de rire.
Bientôt notre face à face de combattant cesse
Parce que le chiffon ne résiste plus et nous laisse.
Wamp à l’ombre des tilleuls
Nous surveille avec ses yeux pleins d’orgueil.
Kim, un peu plus loin dort et rêve
Mais il est dérangé par notre tapage
D’un mouvement lent il se lève
Et va arroser la petite fleur,
Il exprime ainsi son dédain pour ce jeu qui n’est plus de son âge
Il se recouche, ses yeux me lancent une étrange lueur.
Moi Ouff j’ai un peu peur
Des yeux jaunes de Kim le grand chasseur

CHAPITRE 3

Aujourd’hui très tôt dans la fraîcheur du matin
Grand frère Pop s’agite et se prépare pour la chasse
Dans la niche encore chaude je lui fais plein de câlins
De lui témoigner toute mon admiration je ne me lasse.
Dans un concert d’aboiements, c’est le grand départ.

Quelques heures plus tard
Je cours comme un fou sur l’herbe verte
J’ai entendu la voiture s’arrêter
Je m’approche plein de joie de revoir mes aînés.
Wamp descend lentement, par la portière ouverte
Sur le grand Pop étendu se porte mon regard apeuré.
Je mordille ses pattes pour le réveiller
Avec mes yeux tout à coup très inquiets
Je le regarde, il est là, pas un poil ne bouge
J’essaie de comprendre la cause de cette étrange immobilité.
Dans l’herbe parsemée de petites fleurs rouges
Mon grand frère Pop est éternellement endormi
Mon instinct dit qu’il a rejoint nos ancêtres au paradis*.

Etre le seul fils de Wamp est maintenant toute ma fierté
Je vais dans la niche, mes pattes de chagrin tant chargées.
Ce soir la paille est glaciale, j’ai peur
Timidement prés de Kim je cherche le réconfort
Kim grogne et ses yeux à la jaune lueur
M’ordonnent d’être le plus fort.
Mon instinct est souvent en émoi
J’imite les gestes de Kim qui impose sa loi.
Avec la disparition de Pop je deviens adulte
Lorsque la queue de ce « roi chien » s’agite
Signe de son approbation, de toute ma moustache j’exulte
Toute la timidité de jeune chien me quitte.
D’une patte encore maladroite j’arrose une fleur
J’imite cet art unique de Kim qui m’observe
De ses yeux enfin consolateurs.

*Pop a été écrasé par une voiture, alors qu’il poursuivait un lièvre un jour de chasse avec mon père.

Sur la terrasse je reste assis, mes yeux se posent vers le fond du jardin
C’est là que dort Pop mon grand frère
Je ne peux l’oublier, mon nez est humide car j’ai un grand chagrin
Je gémis doucement mais comme celle de Pop ma tête reste fière.
« Ouff, maintenant tu es mon chien
Partageons notre peine, tu verras tout ira bien »
Alors de toute ma hauteur je me dresse
Et j’offre, mon regard unique de griffon Korthals, à ma maîtresse.
Je sais que c’est le seul remède efficace
Pour l’aider dans ce grand désespoir qui la menace.
Souvent avec mes pensées de canin
Je réfléchis et comprends que Pop mon frère
A donné un coup de patte au destin
Pour empêcher que des inconnus sévères
Ne m’enlèvent du grand jardin.
Alors avec ‘ma maman’ blonde
Je vais sous le saule pleureur qui frissonne
Remercier Pop mon grand frère,
« Pop Tu sais, la terre entière
N’oubliera jamais ta belle tête fière »
Je ne suis plus désespéré
Ma petite queue remue, c’est ma façon de prier !

CHAPITRE 4

Je suis devenu un grand chien très intelligent
Pardonnez, chers lecteurs, mon manque d’humilité
Mais durant toute mon enfance j’ai imité
Wamp, Kim, et surtout Pop, tous très exigeants.
Les philosophes disent que nos maîtres ont une intelligence raisonnable
Parce qu’ils appartiennent au monde des humains,
Ils essaient de résoudre les problèmes de la vie autour d’une bonne table,
Ils expriment leurs désirs, leur joie, et leur peine devant un festin,
Comme eux exprimer mes désirs je suis capable.
Il me suffit de rester assis comme un chien sage
D’essayer de comprendre de mes maîtres le langage
Avec mes oreilles froncées, c’est notre façon à nous canins
D’écouter et de nous intéresser aux problèmes humains.
Si un morceau de chocolat s’échappe de l’assiette
Ma queue s’agite pour dire merci
Et pour un autre morceau, mes yeux, reflets de mon âme inquiète
Très brillants et vifs, supplient.

L’odeur du chocolat est un supplice pour mon nez !
Il s’échappe un peu de salive sur la nappe faisant une tache
Je suis très confus, mais c’est indépendant de ma volonté
Pour exprimer ma honte d’être si gourmand
Mes oreilles en arrière, je débarbouille mes moustaches !
Kim à coté de moi, de ses yeux experts en friandises
Réclame sa part d’un grognement menaçant,
Pour un tout petit instant je fais taire ma gourmandise
Car les poils de son dos se hérissent,pour le combat il est prêt
Je suis très apeuré, ma queue est maintenant bien serrée.
Nos maîtres disposent de la parole, de l’écriture pour dire qu’ils sont heureux
Nous les chiens nous traduisons nos sentiments avec les oreilles et la queue.
Notre aboiement, qui est notre manière de parler
Est compris dans le monde entier, sans l’aide de traducteurs !
Lorsque la main de ma maîtresse se pose sur ma tête pour me caresser
Dans mes yeux vous lisez un immense bonheur.
Lécher une main un moment abandonnée
C’est pour nous canins la manière d’embrasser.

Ce matin, pour la première fois de ma belle vie de chien
Mes pattes refusent de me porter, je tremble de froid
J’ai peur je marche avec une grande peine
Epuisé, je m’arrête mon cœur est en émoi
Peut être vais-je … là dans le jardin.
« Ouff…Ouff.. que fais tu couché ? Tu es malade ? »
Ma maîtresse s’approche, je la regarde, mes yeux pleins de chagrin
Doucement elle soulève mes babines pâles.
« Viens Ouff ce n’est rien, n’aie pas peur, mon grand chien »
J’entends cette voix réconfortante qui m’encourage
Je vais pas à pas derrière ma maîtresse
Je n’ai pas la force d’arroser une petite fleur sur mon passage,
De temps en temps tombe sur ma tête une caresse.
Bien vite nous allons chez le vétérinaire
Sur la table d’examen alors que j’ai si peur
De toutes mes forces je me dresse, car j’ai une âme fière,
Le regard, les paroles de ma maîtresse sont pleins de chaleur.
De retour à la maison Kim,Wamp me flairent d’un nez interrogatif mais affectueux,
C’est leur façon de me soigner et je suis déjà mieux.
Pour guérir plus vite, me coucher sur un lit j’ose
C’est permis car j’ai une grosse maladie appelée : piroplasmose.
Je suis très heureux de la présence de ma maîtresse
Je ferme encore les yeux, je suis encore malade et très coquin
Je gémis avec exagération pour davantage de caresses
Car je suis toujours très câlin

EPILOGUE( provisoire)

Les années passèrent dans la douceur du 19 rue Montagné
Avec des joies, des peines, toujours dans la gaieté.
Un jour on me présenta un nouveau grand frère de ma race
Titus, dont la gentillesse dans son cœur prenait toute la place.

Bien des mois plus tard, par une belle journée d’Automne
Je rejoignis, Kim, Wamp, Pop, dans une tombe
Entourée d’arbres et de fleurs
Témoins de toute une vie de bonheur.
Du paradis des chiens situé quelque part dans le grand ciel bleu
Nous surveillons Hilou notre nouveau frère
Pour qu’il soit heureux sur cette terre
Et vive longtemps dans le grand jardin merveilleux.

FIN provisoire : les prochains chapitres seront consacrés à Hilou….et Benji


Le sage et grand Hilou et le jeune Ben des rives de la Save



Benji et ses ‘ amis ‘